Chapitre 2 : communiquer ou ne pas communiquer … that’s the question
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Chapitre 1
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Chapitre 2
Préliminaire 1 : je reçois de nombreux commentaires me demandant d’expliquer pourquoi je m’exprime tardivement. Comme je l’ai indiqué dans le chapitre d’introduction, ma démarche vise à faire connaître la vérité, non pas ma vérité, mais LA vérité. Il ne s’agit pas de ma version des faits mais de LA version des faits … tous prouvés. Trois plaintes avaient été déposées : ma plainte contre le dénonciateur calomnieux déposée le 17 décembre 2009, celle de la banque déposée le 18 décembre 2009 et celle du dénonciateur déposée le 17 janvier 2010 à mon encontre).
J’ai attendu que les plaintes soient traitées ou classées pour agir. Toutes les plaintes ont été classées. Je consacrerai un chapitre détaillé sur les trois plaintes.
Préliminaire 2 : au vu des nombreux messages de soutien que je reçois (merci à tous), vous lirez en tête des chapitres, un ou deux témoignages dont les auteurs m’ont permis la publication.
“Puisque je te connais depuis très longtemps et n’ai jamais douté de ton honnêteté et de ton intégrité, je suis en colère face au comportement particulièrement lâche et cupide dont tu as fait l’objet de la part d’une très grande banque française. Cet autisme managérial et ce management terroriste montrent l’image peu enviable d’une institution qu’il me semble difficile de respecter en tant que salarié, partenaire ou client. J’espère que la vérité sera rétablie dans le futur et que cette institution aura l’humilité de reconnaître ses erreurs. Entretemps, tu as tout mon soutien et toute ma confiance.”
Mon cauchemar commence donc le 9 novembre à 14 heures, lorsque mon responsable hiérarchique qui se rendait pour la première fois dans les locaux de BP2S au 66 rue de la Victoire, ouvre la porte de la salle de réunion qui jouxte mon bureau. En restant dans l’entre-porte, il me demande de sortir. Dans le couloir, je découvre qu’il est accompagné par l’Inspecteur Général du groupe. Ils me demandent de nous rendre dans mon bureau. Ils me disent qu’une accusation grave est portée contre la direction générale de BP2S et qu’une inspection générale est initiée à la demande de la Direction Générale du groupe. Ils me demandent de signer un document très succinct qui requiert ma coopération avec le groupe. Je signe sans hésiter.
Mes deux visiteurs quittent précipitamment le bureau et le déploiement des inspecteurs qui étaient réunis dans le hall d’entrée, se fait immédiatement : 25 inspecteurs sur l’étage de direction de BP2S et 5 inspecteurs envahissent mon bureau.
L’inspection commence brutalement. La lettre de mission ne sera remise que le lendemain.
“Paris le 9 novembre 2009
LETTRE DE MISSION
Sujet : mission spéciale relative à l’engagement d’un projet de placement privé par BP2S
La mission sera dirigée par XXX, chef de mission, sous la supervision de XXX, responsable adjoint de l’Inspection Générale ainsi que XXX, responsable adjoint de l’Inspection Générale, pour les aspects relatifs aux systèmes d’information. Elle se déroulera à partir du 9 novembre 2009.
La mission a pour objectif d’analyser les conditions et circonstances dans lesquelles les équipes et la Direction Générale de BP2S se sont engagées dans un projet de placement privé de la société XXX auprès du fond “Mansa Moussa Gold Fund”, ainsi que toute autre opération similaire.
Ce périmètre n’est pas restrictif et la mission est habilitée à élargir ses investigations à tout sujet qu’elle estimerait souhaitable.
L’Inspecteur Général”
Vous noterez avec attention le contraste entre l’objet précis de la mission et le caractère large des investigations que se réserve l’inspection. Vous noterez également que le chef de mission a le privilège de la supervision de deux responsables adjoints de l’Inspection Générale.
Cette mission d’Inspection Générale « Spéciale » est déclenchée par une lettre de dénonciation qui a été remise en main propre à Baudouin Prot, Directeur Général du Groupe, le 30 septembre 2009.
Pourquoi le groupe a-t-il attendu huit semaines avant de démarrer la mission ? Probablement pour ne pas perturber le déménagement des équipes du « quartier Victoire » vers les Grands Moulins de Pantin et surtout pour ne pas polluer la communication publique organisée à grand frais autour de plusieurs événements. Donc, c’est avec amertume que je repense aux discours hypocrites fait par les dirigeants du groupe à mon égard à cette occasion.
La seconde raison, est probablement due au fait que l’inspection avait déjà commencé en grand secret et que mes faits et gestes étaient épiés.
Les 9, 10 et 12 novembre 2009, j’ai été interrogé dans des conditions de détention provisoire par l’inspection générale du groupe.
Le 23 novembre 2009, j’ai été mis à pied « à titre conservatoire » mais en fait définitivement puisque j’ai é été démis de mes fonctions de directeur général, tout en restant salarié du groupe.
L’information de ma mise à pieds s’est répandue comme le feu à la poudre et les rumeurs les plus folles ont commencé à circuler.
Le lendemain, 24 novembre, mon responsable hiérarchique a réuni 350 cadres de BP2S pour les informer de ce qui se passait. Vous trouverez ci-après la version intégrale des propos tenus par Jacques d’Estais. Je vous laisse juge du caractère diffamatoire ou non de son discours.
Discours de J. d’Estais du 24 novembre 2009 à 17h30 (°)
« Je voulais vous remercier de vous joindre à cette réunion en dépit de l’invitation qui a été faite assez récemment.
Je crois qu’il est important de communiquer avec vous sur la vérité, sur notre vérité sur les événements qui se sont passés hier au niveau de la direction de votre banque / de notre banque BP2S.
Alors, juste un petit peu d’explications sur le background de ce qui nous arrive. Il y a quelques semaines, la direction de la banque a reçu un dossier de l’extérieur, un dossier très critique, accusateur, sur certaines pratiques menées par la direction de votre banque / notre banque. Ces accusations qui ont été prises initialement un petit peu comme fantaisistes ont néanmoins été…ont fait l’objet de vérifications. Puis, à la lumière de ces vérifications rapides, la direction de la banque a décidé de diligenter une inspection pour tirer au clair ces affaires puisque les premières investigations montraient que ce qui pouvait paraître abracabrantesque ne l’était finalement peut-être pas totalement.
D’où l’inspection qui est arrivée dans vos murs il y a une dizaine de jours pour tirer au clair ces accusations. Cette inspection n’est pas terminée, elle continue son travail. A ce stade, cette inspection a pu mettre en lumière un certain nombre de choses qui sont validées dans des PV d’entretiens avec JPM, des PV qui sont signés par Jacques-Philippe comme validation de ce qui est écrit dans ces PV (*).
Sur la base de ces documents, la question de…Ces documents mettent au jour des comportements qui sont, ce sont les mots de la direction de la banque, qui sont considérés comme non-conformes avec les pratiques acceptées dans le Groupe BNP Paribas. Et donc s’est posée, bien entendu, à ce stade, la question du maintien de JP dans ses fonctions. La direction de la banque jusqu’à son plus haut niveau, donc jusqu’à Baudouin Prot, s’est réunie à plusieurs reprises sur ce point pour finalement prendre la décision que …pas de gaité de cœur, je peux vous l’assurer, pour prendre la décision qu’une action était nécessaire.
Donc, hier, en début d’après-midi, j’ai parlé avec JP de la situation puis un CA de BP2S s’est réuni. Ce conseil a pris la décision de révoquer JP de sa position de DG de BP2S, de fusionner les positions de P et de DG de BP2S et donc, en tant que président, j’assume depuis hier après-midi la fonction de P et de DG de BP2S.
Je…alors… en ce qui concerne le dossier, pour des raisons juridiques, à ce stade, nous ne souhaitons pas communiquer plus précisément sur ce dossier.
Cela dit, il est important que, vous tous, vous ayez bien conscience de deux choses. La première, c’est que, à ce stade de nos connaissances, il n’y a aucun impact financier pour la société BP2S ni pour le Groupe BNP Paribas dans ces agissement, pas d’impact financier, nous ne sommes pas dans une situation à la Kerviel. J’insiste lourdement là-dessus, je crois que c’est très important pour vous de comprendre qu’il n’y a pas, à ce stade, d’impact financier identifié dans cette affaire pour BP2S. Deuxièmement, à ce stade, il n’y a pas, identifiés, d’autres collaborateurs de BP2S qui pourraient être inculpés dans ces agissements. Donc c’est… pas d’autres collaborateurs impliqués dans ces agissements, pas d’impact financier pour la banque.
Alors, je vais, à ce stade, peut-être me présenter pendant 2 minutes comme la plupart d’entre vous ne me connaissent pas. Je suis entré chez Paribas en 1983. J’ai fait carrière essentiellement dans la banque d’investissement puisque, de 83 jusqu’à il y a 6 mois, j’étais dans la sphère banque d’investissement. Banque commerciale puis marchés de capitaux. J’ai travaillé à Londres, à Tokyo puis… Paris en tant que patron de CIB.
Je suis responsable du Pôle IS depuis 6 mois. Je vais combiner cette responsabilité de piloter BP2S avec celle que j’ai jusqu’à présent qui est de piloter IS. Donc Je vais allouer mon temps de manière adéquat entre les deux responsabilités au moins pendant la période où je combine ces deux positions.
Alors, mon style personnel, je pense que, d’après les gens, le comité de direction de BP2S qui a eu l’occasion de traiter avec moi…plutôt direct, plutôt à prendre des décision plutôt prendre des décisions que de ne pas en prendre. L’inaction, à mon sens, est la pire des décisions possibles. Donc plutôt à trancher les sujets par rapport à les laisser filer. Je pense être plutôt pragmatique, être capable d’écouter les gens mais après avoir écouté, il faut savoir décider.
Là où nous en sommes, je crois que sur BP2S, on peut dire que, depuis 10 ans, cette société a eu une croissance absolument remarquable. Si l’on regarde 10 ans en arrière, ce qu’était BP2S il y a 10 ans, on a complètement changé de « bracket ? », c’est le travail de la vision de JPM, de votre travail, de ce travail. Et je crois qu’on peut dire et je crois que la direction de la banque est totalement consciente que le travail accompli est totalement formidable. Je pense que, dans cette affaire, il faut garder, au niveau des équipes, la fierté de ce qui a été fait, la conscience de la qualité du travail, la conscience de la qualité du résultat auquel vous êtes arrivés par votre travail au cours des années passées. Ça c’est un acquis absolument essentiel parce que nous savons, vous savez, comment gérer, comment créer un leader de ce métier au niveau mondial. On va juste continuer à le faire et, si possible, on va essayer de faire encore mieux.
Le comité de la banque à ce métier est totalement inchangé. Le comité de la banque, pour vous aider à développer le métier, reste totalement inchangé. Donc nous allons, dans les semaines, mois, années qui viennent, continuer à le développer comme ça a été fait dans le passé avec un maximum d’attention et d’énergie. Je crois que c’est important, à cette réunion, que tout le monde ait bien conscience de ça.
Pour ce faire, deux choses. D’une part, je vais d’abord m’appuyer sur le Comité de direction, sur le Businesse Committee de BP2S, pour nous aider…nous avons une équipe de qualité qui est totalement responsabilisé sur la gestion du métier. J’ai eu l’occasion de parler avec ce groupe à la fois hier soir puis à nouveau ce matin puis à nouveau ce soir. Donc on a commencé à travailler ensemble sur les différents sujets à traiter. Nous avons beaucoup de travail à faire dans un premier temps pour stabiliser…je comprends bien que le fait, que l’élan qu’avait JP au cours des dix dernières années dans ce métier. Je comprends tout à fait que son départ abrupt est un véritable souci, un choc, un traumatisme pour le métier, la société. Avec le comité de direction, nous allons tenter de passer au-delà de ça et donner une vision, une dimension et une énergie à ce métier pour continuer à le développer. Alors, je… l’équipe de direction reste en place, les responsabilités actuellement allouées feront ??? restent intactes.
Le travail sera de vous aider, peut-être de vous challenger de temps en temps, mais vous aider à continuer à exercer vos responsabilités de la manière la plus efficace possible pour le développement de BP2S.
Dans un premier temps, il y a un sujet important, c’est celui de la communication, la stratégie de communication à la fois en interne et en externe. La stratégie de communication décidée par le Groupe BNP Paribas est de communiquer peu sur ce sujet ; c’est quelque chose qui peut parfois apparaître un petit peu frustrant pour tout le monde ; cela dit c’est la stratégie du Groupe de communiquer peu. Donc le communiqué qui a été mis en place, posté à la fois sur le site intranet de BP2S hier soir et du Groupe ce matin, il est assez court. Nous ne souhaitons pas, à ce stade, en écrire trois tonnes sur le sujet. Je crois qu’on verra ensuite comment les choses évoluent. La situation pourra être « réassessée » régulièrement dans les jours, les semaines qui viennent. En tout cas, à ce stade c’est la stratégie…comité de direction…ce soir qui communique avec vous sur la situation tel qu’elle est. Continuer à communiquer dans les territoires dans les jours qui viennent pour apaiser le plus possible les équipes. Au niveau de la clientèle, deuxième sujet de communication important, le client, je vais passer la parole à Charly qui est responsable de ce domaine et qui a eu l’occasion d’en discuter un petit peu mais c’est vrai
Charles Cock :
Merci jacques. Si la nouvelle du départ de JP est, par définition, un choc en interne, dès que la nouvelle passera au-delà de BNPP, par définition, ça sera un énorme choc pour le marché car, sans nul doute, JP est l’image, la phase visible de ce qu’est BPSS dans l’industrie et auprès de nos clients et prospects. Nous avons donc décidé d’aller de l’avant dans notre communication aux clients. La règle générale pour la majorité de nos clients sera de communiquer par écrit un texte de communication préparé par Mark Hillman et ses équipes ; il devrait être prêt en fin de journée.
Le processus est que les différents GRM écriront à leurs clients respectifs annonçant trois choses, fondamentalement :
- un, le changement de direction donc le remplacement de JP en tant que DG par Jd’E ;
- deuxio, l’engagement du Groupe BNPP, donc le commitment du Groupe vis-à-vis du Métier Titres dans son ensemble ;
- et tertio, la stratégie qui est définie et qui est bien documentée et je crois largement communiquée au marché et sera confirmée comme étant inchangée.
Alors, pour certains clients, le sujet est un peu plus délicat, soit du fait de l’importance objective de la relation avec ces clients-là, soit par la relation historique que Jacques-Philippe a pu entretenir avec eux. Une short-list de ces clients est établie et sera terminée ce soir. Et on décidera au cas par cas de comment les approcher et qui les approchera.
A ce stade-ci également, la décision est prise au niveau de la Com Groupe de ne pas parler à la presse. Je crois que très rapidement on aura des questions venant du monde extérieur et de la presse en particulier. On avisera à ce moment-là au cas par cas comment répondre à ces questions-là.
Jacques d’Estais :
Merci Charly. Je crois qu’à ce stade…Voilà ce que je souhaitais vous dire ce soir sur la situation. Je sais que je peux compter sur l’équipe de direction de BP2S pour piloter l’activité. J’espère et je pense pouvoir compter sur vous pour protéger la société et la développer, travailler dans ce sens dans les jours et semaines et mois, années qui viennent. Et nous vous tiendrons informés des prochaines étapes au fur et à mesure où elles se déroulent. Je suis prêt à … je suis aussi là pour répondre à vos questions si vous en avez. Vous en avez probablement donc n’hésitez pas à les poser, je suis à votre disposition.
XX :
J’avais une question sur la stratégie de communication ; on a parlé de l’interne et merci pour cette information transparente. On a parlé des clients. Quid des autres institutions ? je pensais… quid des autorités, régulateurs, de la place en général, la commission européenne ou ce genre d’entité ?
Jd’E :
Bien sûr c’est, le régulateur, c’est une obligation de toutes façons donc c’est en cours. sur toutes les autorités, les instances de place, disons… c’est également en cours. Là, après, c’est une information factuelle, on ne va évidemment pas en dire plus que ça à ce stade, probablement à aucun stade d’ailleurs. Evidemment, ceci doit être fait…et assez rapidement.
Membre du Comex BP2S :
Oui, par rapport à l’information que tu as donnée aujourd’hui, il faut peut-être clarifier que…c’est pas l’information qu’on souhaite donner à l’extérieur…
J. d’Estais :
Une chose est claire, c’est que la communication avec l’externe est strictement régulée, c’est ad que, voilà, mis à part les clients sous l’égide de Charly et ses équipes toute information en externe, aux journalistes, à la presse, à tous ces gens-là est strictement contrôlée par la communication Groupe donc aucun d’entre vous, moi-même, ne sommes pas autorisés, habilités à parler à la presse de ceci. Ca c’est simple, c’est niet.
Membre du Comex BP2S :
Même vis-à-vis des clients, le message, c’est celui que Charly a expliqué en trois points, qui est moins détaillé que celui qu’on donne dans le petit cercle du management de BP2S.
J. d’Estais :
Absolument.
XX :
Quid de la communication aux équipes en interne ? parce que là on est entre managers…
J. d’Estais :
Vous pouvez leur descendre ce que je vous ai dit ce soir parce que c’est juste la vérité factuelle sur le déroulement, voilà, sachant que non… enfin, je ne rentrerai pas dans plus de détails sur les comportements anormaux. Je pense que l’important c’est d’insister auprès des équipes sur le thème : il n’y a pas de pertes financières pour la banque, il n’y pas d’impact financier pour la banque et il n’y a pas d’autres collaborateurs de la banque qui sont, à ce stade, impliqués dans ces agissements ou ces comportement. Dans la communication des équipes, c’est vraiment très important d’insister là-dessus parce que, dans ces situations, assez rapidement, les choses peuvent déraper. Je pense que, comme c’est la vérité, il faut juste répéter la vérité parce que c’est vraiment pas ??
XX :
Vous nous indiquez qu’il n’y a pas de risque financier identifié pour l’instant. Est-ce qu’à ce stade vous nous dîtes s’il y a un risque légal pour l’entreprise.
J. d’Estais :
L’inspection n’a pas fini son travail. Je travaille sur la base des PV, enfin nous travaillons sur la base des PV de l’IG. Je n’ai pas, à ce stade, d’information qui puisse me permette de dire ça. L’inspection n’a pas fini son travail.
XX
Vous nous avez expliqué que pour le moment, vous cumuliez la fonction de patron de IS et de PDG de BP2S. Est-ce que cette situation est durable ou est-ce qu’on va chercher un remplacement pour JP et à quelle échéance ?
J. d’Estais :
Merci d’avoir posé la question. Ecoutez c’est arrivé, franchement, c’est arrivé hier. Je n’ai pas pour but dans la vie de cumuler cinq jobs. J’ai une famille, j’ai une vie. Il y a un moment où on ne peut pas faire tout à la fois. Je pense que dans l’immédiat, c’est la situation la plus efficace pour la banque, pour protéger l’institution. Ensuite, on verra. »
FIN DU DISCOURS (°) transcription fidèle à enregistrement reçu
(*) Je tiens à préciser que j’avais demandé un enregistrement intégral de tous les échanges. Cela m’a été refusé. Le premier compte rendu de trois pages résume, avec des mots choisis et des phrases fabriquées, sept heures trente d’interrogatoire (sans interruption). J’ai ensuite demandé au responsable de la mission de pouvoir revoir et corriger mes réponses par la remise (le lendemain) d’une copie conforme à mes propos. Cela m’a été refusé.
Finalement, fatigué et fatigué de vouloir corriger ce qui en fait devait être réécrit complètement (pour ne pas transformer systématiquement mes propos en phrases « à charge ») et avec la seule envie de pouvoir m’échapper des contraintes qui m’étaient imposées, j’ai signé le document.
Dans les conclusions de son rapport, l’inspection osera écrire : «Les déclarations de JP Marson à l’inspection générale comportent des inexactitudes et des imprécisions répétées, voire des mensonges et des contradictions, que l’intéressé explique par une situation émotionnelle déstabilisante ». Cette conclusion tellement affirmative sera appuyée d’argument faux (dont la preuve sera établie dans le chapitre consacré à l’inspection générale).
Le 24 novembre au soir, le numéro deux d’un grand groupe de communication qui s’était joint à la cellule de crise que j’avais mise en place et écrit un mail à son Directeur Général en ces termes :
« Mon cher XX,
Comme je te l’ai dit ce matin, j’ai besoin de ton avis et de ton aide pour tenter de résoudre un problème grave qui risque d’arriver à 2 de nos clients : BNP Paribas et BP2S (une filiale à 100% du groupe.
Jacques-Philippe Marson, Directeur Général de BP2S que je conseille depuis plusieurs années et en qui je place une totale confiance, semble avoir fait l’objet d’une incroyable escroquerie depuis un an.
Sans rentrer dans le détail, des Madoffs de second pied, tentent de soutirer de l’argent (jusqu’à $200 millions) au groupe prétextant que celui-ci est responsable des engagements à une hypothétique souscription dans un fonds foireux.
Si bien qu’aujourd’hui, nous nous trouvons dans une impasse. Jacques-Philippe est mis à pied, la banque et lui-même sont à la merci d’une tentative de chantage des escrocs et on se doit d’envisager dans l’état, un risque de fuite dans les média, ce qui serait extrêmement dommageable pour tout le monde.
Au vu de toutes les pièces et attestations que j’ai pu consultés, je suis plus que jamais convaincu de l’innocence et de la bonne foi de Jacques-Philippe. Mais, à mes yeux, le problème n’est pas là compte tenu des risques, je pense que la direction générale du groupe et Jacques-Philippe doivent renoués les liens et travailler ensemble pour contrer les escrocs et bloquer toute tentative de déstabilisation de la banque.
Je sais que tu conseilles la direction générale, c’est pourquoi je me retourne vers toi.
A l’évidence, le temps joue contre nous. »
La réponse fut rapide et brève : « ne te mêle pas de cela ».
Le 25 novembre 2009, la Communication Centrale du groupe fait une déclaration à l’AFP dont les termes sont repris à volonté par la presse. L’information a été déformée à volonté : de « démis » de mes fonctions, j’ai rapidement été gratifié de «écarté», «renvoyé», «remercié», «licencié», «viré». Sans passer par la case « présumé innocent », j’étais présumé coupable pour devenir rapidement coupable. Ma mise à mort médiatique est brillamment réussie.
Le nombre d’articles paru dans la presse et sur le net se chiffre en centaines. Je dispose d’un dossier qui en reprend des dizaines. En parcourant ces publications sur le net, vous lirez que le groupe semble avoir clairement identifié les « règles internes » qui auraient été enfreintes. Or il n’en est rien. Rien ne m’a été communiqué à ce sujet et le groupe s’est refusé à tout commentaire aux questions des journalistes.
Le communiqué de presse indique pourtant « qu’il n’y a ni préjudice pour la banque ni pour les clients de la banque ». On peut dès lors se poser la question pourquoi la mission d’inspection se poursuivra jusqu’au 18 janvier 2010, soit plus de deux mois après le début la mission.
La réponse est simple : soit la banque ne savait pas si un préjudice existait, et alors elle prenait un risque énorme à faire une déclaration hâtive ; soit elle savait qu’il n’y avait aucun préjudice, mais il fallait alors poursuivre la mission jusqu’à ce qu’on trouve la faute que j’aurais pu commettre ou la règle que j’aurais pu enfreindre.
Pour ce faire, l’IG a déployé des moyens considérables internes et externes, pour en fin de compte produire un rapport faux et mensonger (*) qui s’avèrera être la seule preuve que la banque produira pour soutenir ses accusations à mon égard.
L’IG a passé au crible tous les comptes de plusieurs exercices sociaux de BP2S pour tenter de trouver « la » preuve du bienfondé de ma mise à pieds. L’IG n’a rien trouvé tout simplement parce que les procédures et les contrôles ont toujours été parfaitement appliqués dans cette filiale du groupe.
L’acharnement des responsables de la mission de cette IG Spéciale, à trouver la faute que j’aurais commise ou les règles que je n’aurais pas respectées, est alors devenu apparent aux yeux de ceux qui dans les services devaient fournir l’information.
L’IG a travaillé sans relâche, déployant ses efforts dans toutes les directions, et à son grand regret elle n’a rien trouvé, rien … pour justifier l’injustifiable. Le comité de direction générale mis en place pour gérer mon dossier commence à s’inquiéter. Le responsable de la mission est prié de fournir les conclusions de la mission rapidement. Finalement un rapport de 28 pages (plus annexes) sera remis à la Direction Générale du groupe le 19 janvier 2010
Le chapitre suivant sera consacré à une analyse détaillée du rapport d’inspection.
(*) J’ai informé le Président du Groupe des conclusions trompeuses et mensongères du rapport de l’IG dans une lettre que je lui adressais personnellement et qui est restée sans réponse.
Voici le contenu de la lettre
” BNP Paribas S.A.
3 rue d’Antin
75002 Paris
Le 18 mars 2010.
Monsieur le Président, Cher Michel,
Voilà déjà quatre mois que j’ai été mis à pied, trois mois que ma fille est décédée et deux mois que j’ai été licencié. Vous en conviendrez, cette avalanche de malheurs mérite quelques minutes de votre précieux temps.
Je tenais à vous écrire pour vous faire part de mes sentiments face à ces épreuves, et en particulier, l’épreuve que le groupe m’a fait subir. Je tenais également à faire appel à votre sens de la justice et d’humanité que j’ai connu en vous au cours des années où vous m’accordiez crédit et confiance dans ma mission au sein du groupe.
Je comprends mal le choix qui a été fait en accordant plus de crédibilité à une lettre de dénonciation, de toute évidence calomnieuse, qu’à mes presque douze années de bons et loyaux services. Je comprends mal la brutalité de l’IG et la précipitation de ma hiérarchie à me mettre à pied et enfin, je comprends mal et je vis mal la gravité de la sanction que le groupe m’impose, alors que je n’ai commis aucune faute qui justifie pareille action.
Je suis stupéfait par la médiocrité et la partialité du rapport d’une IG qui n’a eu de cesse que de produire un dossier « à charge » dès la première minute et qui n’a jamais respecté les droits les plus fondamentaux d’un « procès équitable » puisque toute cette instruction s’est fondée sur une dénonciation qu’on n’a jamais voulu me remettre ni même me montrer ! Par ailleurs, à l’analyse des témoignages qui sont repris par l’IG dans les annexes de son rapport, il apparaît clairement, à l’unanimité des personnes interrogées, que les conclusions sont trompeuses et mensongères. Le procès d’intention est flagrant parce qu’un conflit d’intérêt ne se présume pas, il se prouve. Pourquoi tant de haine et tant d’acharnement ? Il semble, selon les propos des membres de la Commission Paritaire que j’ai saisie, que c’est malheureusement le sort réservé à toute victime d’une IG Spéciale.
Je vous affirme sur la Bible et sur l’honneur, que pendant toute ma carrière professionnelle, je n’ai jamais placé mes intérêts personnels avant ceux de mon employeur ; je n’ai jamais perçu de rémunération (commission ou autres) de quelque nature que ce soit, autre que celle octroyée par mon employeur.
Alors que l’on me reproche un manque de loyauté au groupe, dans lequel j’ai investi toutes mes économies, je pense, au contraire, avoir prouvé une loyauté au-delà du raisonnable et au détriment de ma famille, en courbant l’échine face aux propos diffamatoires internes et à une communication externe peu digne d’un groupe qui se veut au dessus de la perfection.
Alors que je clame mon innocence depuis le premier jour et que je réclame un dialogue de la part de ma hiérarchie et du groupe, je me suis heurté à un mur de silence et à une machine à broyer l’homme respectable que je suis.
Monsieur le Président, si j’ai bien compris que le livre que le groupe a fermé ne peut être ré-ouvert, je vous demande néanmoins justice. Je ne peux imaginer que vous êtes au courant de l’injustice qui me frappe.
Je ne mérite pas le traitement que le groupe m’inflige. Je n’ai démérité en rien et vous le savez. Je vous ai toujours vu comme un homme juste et respectueux des valeurs chrétiennes, et je vous admirais aussi pour cela.
En fin de compte, nous aurons tous à faire face à notre conscience et je peux vous assurer que la mienne sera en paix.
Je reste à votre disposition si vous souhaitiez me rencontrer.
Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, Cher Michel, mes sentiments les plus respectueux.
Jacques-Philippe Marson”